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Publié : 21 juin 2010

CHAGALL & LA FONTAINE

Duo a priori improbable, fort contesté en son temps par la critique d’art (« Un oriental pour illustrer un latin ! ») qui sera au cœur de l’Histoire des Arts à Saint-Leu tout au long de l’année 2010-2011. L’opération nationale « Un livre pour l’été », avec les « Fables » propose un fil rouge pour soutenir cette approche nouvelle des Programmes 2008.
Outre la distribution des livres en cette veille de vacances et la sensibilisation que proposeront les enseignants à leurs élèves de CM1 ; outre la souhaitable implication des familles dans la lecture partagée sur temps de loisir (même si nous avons « l’été à l’envers »), les stages de remise à niveau auront à tenir compte de cette œuvre commune aux élèves, à en promouvoir la lecture et le débat oral qui l’accompagne nécessairement (débat citoyen au sens fort du terme au vu des problématiques abordées par La Fontaine)
Pour étayer l’approche à la fois approfondie et transversale du texte et des illustrations, des formations du mercredi seront aménagées pour les enseignants de CM2 engagés avec leur classe. Un autre chantier, spécifique à l’œuvre et à ses extensions, va s’ouvrir pour l’année, en collaboration avec le Centre de Lecture-Ecriture de Saint-Leu.
L’ensemble des ressources pédagogiques et culturelles ainsi constitué sera mis en ligne à usage de tous, au fur et à mesure des initiatives, pour aller vers un partage de l’œuvre le plus étendu possible.
Le socle commun gagne en effet à s’appuyer et se construire sur de solides contenus pour avoir du sens. DGESCO de son côté prépare des fiches pédagogiques ; elles seront elles aussi disponibles en ligne.

Quelques repères pour préciser les contours du sujet.

- Il illustre en quoi l’Histoire des Arts s’intéresse à une totalité culturelle pour une époque donnée. Il ouvre les portes sur deux moments majeurs en la matière : les XVIIè et XXè siècles.

- Il facilite par là et donne chair au traitement d’une question antérieure : celle de l’Europe monumentale. Les réalisations ne manquent pas. Elles créent le décor dans lequel La Fontaine écrit (L’homme se croit sans cesse en représentation. Le monde est une vaste mise en scène, la nature est un décor dans lequel l’architecture n’est qu’un praticable ménageant des coulisses), Chagall peint (L’époque est à l’empirisme, qui dédaigne toute convention illusoire au profit de l’expérience vécue ou ressentie) -1 . Les liens tombent ici sous le sens.

- Les deux approches sont cependant singulières. Pour d’évidents motifs, il ne s’agit pas d’un travail d’équipe. L’un et l’autre traitent de questions graves, chacun à sa manière, avec sa vision. Le point commun sera sans doute trouvé dans la légèreté en dialogue : l’humour chez La Fontaine, la lumière et la couleur chez Chagall. Inviter les élèves (et nous-mêmes) à se laisser porter par les courants émotionnels ; la compréhension en sera facilitée.

- Autre point de rencontre, celui du statut de l’invraisemblable et son traitement au service du propos : suggérer une vérité sur la condition humaine, non décrire une réalité concrète, objective.

- Mais encore : textes comme illustrations sont des œuvres de la maturité. Jean de La Fontaine a quarante-sept ans lorsqu’il débute l’écriture des « Fables » ; Marc Chagall en a quarante, présente déjà un solide palmarès. Cette même année 1926, il expose pour la première fois à New-York.

- Œuvres qui résistent au temps, faisant preuve par là de leur foncière modernité. Elles sont l’antidote du gadget de l’air du temps, de la consommation facile et éphémère. Qui ne connaît pas les « Fables » et s’interroge sur les enjeux alors même que leur langue, dans sa forme, peut nous paraître tellement étrangère ? Chagall réalisera plus de cent gouaches qui, aussitôt exposées en 1930 (Paris, Bruxelles, Berlin), seront toutes vendues à des particuliers qui ne sont pas tous dans la recherche de placements financiers ! C’est dire combien l’univers pourtant si onirique de ses toiles permet le dialogue avec qui les contemple !

- Les variations : toutes les fables ne reposent pas sur une métrique identique. Les gouaches mélangent les techniques employées. Nous voici rendus dans le domaine de la grammaire : rechercher ce qui fait du lien dans le texte, dans l’image ; ce qui charpente une chaîne logique et qui, sans doute, nous induit à comprendre ce que nous percevons, ressentons. Travail pédagogique complet en somme : il se situe au cœur du langage et ses infinies possibilités pour dire.

- Localement, comment passer à côté d’un personnage clé, celui qui commanda à Chagall la collection des « Fables » ? Ambroise VOLLARD, né à Saint-Denis le 3 juillet 1886, grand marchand de tableaux et galeriste français, qui a révélé Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Matisse, Picasso et, grand amateur de littérature, passionné du Père Ubu d’Alfred Jarry ? Il ouvre autant de portes que de noms illustres rencontrés au cours de sa vie.

Lire, écouter, mettre en voix, réciter, apprendre par cœur…, les fables gagneront à traverser l’année scolaire dans la régularité et la récurrence. Elles permettent aisément la mise en scène, la théâtralisation, ouvrant ici sur le costume, le décor. Marc Chagall en réalisera de célèbres, pour des œuvres de renom : « L’oiseau de feu », « La flûte enchantée », « Daphnis et Chloé ». Il s’intéressera également au monde du cirque (volet plus connu de son œuvre). Nous voici dans les Arts vivants.

En suivant l’itinéraire artistique de Marc Chagall, les élèves découvriront donc non seulement la peinture, mais ces autres expressions de la création, ainsi que l’art du vitrail, celui de la céramique, de la mosaïque, de la décoration monumentale (Opéra Garnier, Metropolitan Opera).
Le tour d’horizon est loin d’être complet mais l’Histoire des Arts ne vise pas à l’exhaustif…

Ces deux Grands du patrimoine de l’Humanité nous parlent toujours. Ils nous offrent la possibilité de connaître une année riche et ouverte sur l’essentiel. N’hésitons pas à leur accorder toute notre attention et notre énergie. Le reste suivra puisqu’ainsi nous travaillons sur le fond.
Ne pas négliger enfin cette modalité cardinale préconisée en Histoire des Arts : raconter !
Ici, il y a matière.

Au-delà de l’été, les « Fables » sont un livre pour la vie. Elles sont un lien entre les générations depuis des siècles.
Que les élèves partant en vacances avec le livre le transmettent un jour à leurs propres enfants, ce serait là une belle réussite d’un goût que l’Ecole aura suscité !

1- Comment enseigner l’histoire des arts au cycle 3
Daniel LAGOUTTE & François WERKMEISTER
Hachette 2008