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Publié : 19 septembre 2011

"Chez Perrault" 00 : l’univers du conte

L’univers de Perrault : cartographie //

Les textes relèvent de la tradition du merveilleux. Pré-requis indispensable à poser et ce, dès le départ des lectures, des études a fortiori. La tradition présente des canons spécifiques ; elle invite, d’emblée à tout accepter, les situations et personnages les plus farfelus. Car tout est possible. Il est donc obligatoire d’en accepter la règle et de ne pas chercher la vraisemblance. Comme dans les Fables, les animaux prennent la parole, des humains ou fac-similes possèdent des dons exceptionnels, des êtres de toutes sortes peuvent être monstrueux… Invitation à se diriger tout de suite vers la face cachée, c’est-à-dire la vérité du message, non la logique événementielle.
Il peut même arriver que certains textes recèlent des incohérences de ce point de vue. Mais elles ne sont pas gênantes car l’essentiel n’est pas là.

Si l’étude très technique n’est pas inutile (la typologie de W. Propp quoique ancienne n’est pas remise en cause) elle ne doit pas prendre une place excessive. L’essentiel est vraiment ailleurs (cf. A. de Saint-Exupéry). Quelques canons seront repérés ; des tableaux de synthèse peuvent être utiles pour classer les personnages, objets, lieux, événements. Mais il n’est pas nécessaire de s’engager dans une démarche structuraliste universitaire pour étudier ces contes.
Dans la terminologie du socle commun, ce ne sont pas les connaissances pures qui sont ici privilégiées mais bien davantage les attitudes (la morale) et les savoir -faire (la lecture – compréhension).

Les contes traitent de questions éternelles de manière originale. Elles sont abordables par les élèves qui les retrouveront plus tard, en classe de français. E. Zola, H. de Balzac, pour ne citer qu’eux et leurs galeries de portraits, concentré d’humanité traité sur un mode plus réaliste. Les mêmes doutes intemporels sur le déterminisme social, les mêmes difficultés à vivre (le cœur ou la raison ?) dans un autre cadre de fiction et sur un mode plus proche de notre quotidien.

« La force de ce désormais classique mais indémodable conteur a considérablement et durablement influencé notre littérature et notre imaginaire  » -1-

C’est la permanence de ces interrogations qui fonde la réflexion existentielle, la morale au sens philosophique du terme. C’est bien pourquoi les contes « marient l’instruire et le plaire de la plus réussie des manières »-2-

C’est à la compréhension d’une carte très particulière qu’invite la lecture de ce paysage fortement connoté que sont les contes. Lus, écoutés, mis en voix, ils peuvent chemin faisant être analysés sur un versant littéraire pour en dégager quelques qualités, constantes, traits spécifiques afin de mieux en comprendre la valeur éducative.
La présente voie n’est pas celle de la psychanalyse empruntée à une époque -3-

Ses enseignements ne sont pas sans intérêt mais notre propos à l’école est littéraire. Sans méconnaître tout à fait les graves enjeux symboliques de ces contes (tout comme ceux mis en scène par la tragédie, qu’elle soit Antique ou Classique), ils ne constituent pas les vérités à élucider.

Charles Perrault n’a pas, c’est l’évidence, mis ces récits populaires en forme à l’usage des écoliers de CM2 du XXIè siècle ! Ils sont cependant très officiellement invités à les lire. A leur mesure et depuis leur place.
Leur âge et la mission de l’enseignant nous orientent vers le savoir bien lire. Identifier la face bien cachée des messages permettra cependant à l’enseignant de rester discret sur des sujets qu’il serait prématuré d’aborder avec de jeunes enfants. Le recours aux substituts est artifice des contes. Il permet de parler de (..) sans dire le mot  : définition même de la part d’implicite qu’on aura soin de ne pas mettre à jour en l’occurrence et pour le moment, en se limitant au suggéré mis en débat. Question de doigté pédagogique là encore. La lecture littéraire en nécessite en toutes circonstances. Le lecteur est en mesure de trouver dans le texte ce que, pour le moment, son niveau de compréhension (tant formel que psychologique) lui permet de décoder.
C’est la raison pour laquelle il peut relire toute une vie durant le même livre. Il n’y perçoit pas exactement les mêmes nuances à chacune des lectures.

La continuité, un « enseignement du socle depuis la maternelle jusqu’au baccalauréat » invitent à tracer une route dans le monde des livres, qui passe par des étapes successives dont les contes, puis le roman, le théâtre et autres formes complexes, font partie.

Au fil de l’année scolaire, seront diffusés sur ce site divers articles abordant le recueil sur les versants narratif et thématique. A suivre donc...

- 1- Luc CHATEL / Préface de Neuf contes de Charles Perrault

- 2- ibid

- 3- Bruno BETTELHEIM / Psychanalyse des contes de fées