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Publié : 6 janvier 2012

"Chez Perrault" 09 / Etre et paraître

Si le narcissisme est largement promu par les mœurs du XXIe siècle, le fait n’est pas nouveau. L’ampleur observable au temps présent se nourrit de technologies glorifiant la survalorisation de l’image de soi (individuelle ou de groupe, voire institutionnelle) dans un bain quotidien où l’apparence et l’éphémère aplatissent toute échelle de valeurs vers une moyenne confuse et calibrée. Une accélération générale abolit le temps nécessaire au questionnement. Paraître devient une fin en soi, jamais satisfaite car la concurrence est rude et les événements se succèdent dans une surenchère quasi névrotique.

Au siècle de Perrault, tout va moins vite mais le paraître a néanmoins toute son importance : se montrer, faire comme si, prétendre, se prévaloir… autant de conduites insincères destinées pour la plupart à tromper, dissimuler ; se promouvoir en tout cas dans un but de pouvoir et de notoriété. Tous les moyens sont bons. 

La Fontaine en avait déjà fourni maint témoignage : Le renard flatte le corbeau. Le geai se pare des plumes du paon. L’âne s’assimile aux reliques qu’il transporte. La tortue volante cède aux sirènes de la foule. Le corbeau veut imiter l’aigle… Car « force gens font du bruit en France » [1] et « le monde n’a jamais manqué de charlatans [2] » !

Le désir de paraître s’appuie sur la force de l’illusion. La tentation égocentrique nourrit le comportement social qui, non tempéré par une réflexion morale, aboutit à la rupture d’équilibre en faisant basculer le sujet dans l’obsession d’une réussite aveugle, mal orientée et ostentatoire : le paraître supplante l’être dans un véritable culte de l’image de soi.

Dans son étude de mœurs d’une implacable lucidité, Perrault a recours soit au travestissement soit à la métamorphose. Ce faisant, il sépare nettement les comportements, facilitant la compréhension grâce à des stéréotypes. Et si, au fond, ce système binaire permettait de mieux exposer la thèse de la dualité de l’homme, « ni ange ni bête » susceptible à tout moment de s’abandonner à la « comédie humaine » en l’absence de vigilance morale ? 


[1] Jean de La Fontaine – FablesL’âne vêtu de la peau du lion

[2] Jean de La Fontaine – FablesLe charlatan

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