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Publié : 26 août 2012

Lettres de mon moulin - avant-propos

Transition avec l’œuvre de Charles Perrault, c’est par Le roman du petit chaperon rouge (1862) que commence la carrière littéraire d’A. Daudet. On le connaît davantage en tant que nouvelliste : Les Lettres de mon moulin alimentent notre socle littéraire, référence majeure pour ce type d’écrit. 

Les douze premières paraissent dans le journal L’Evénement en 1866, rédigées non pas dans le célèbre moulin de Fontvieille, mais à Clamart (région parisienne) où le ciel est moins bleu et où le mistral ne souffle pas. Détails pour d’ores et déjà faire sentir aux élèves que l’écrivain ne décrit pas ce qu’il a sous les yeux. Il se réfère à son propre socle de références et l’imagination est au pouvoir au service d’une intention. En l‘occurrence, Daudet est Nîmois. Son écriture parle avec l’accent.

Les Lettres sont une co-écriture avec Paul Arène (1843-1896), poète provençal moins connu de qui n’est pas familier d’Antibes. Des auteurs du soleil en somme mais surtout de la langue provençale ; de la lumière méditerranéenne, décor des récits égrenés entre Provence et Corse, s’étirant même jusqu’en Afrique du Nord.

Les Lettres nous font entrer dans le tableau : celui de la palette de Cézanne, Van Gogh, tous artistes ayant fréquenté les mêmes terres et leurs couleurs, leur douceur comme leur violence.

Elles nous invitent à emboîter le pas à fifrelaïre et tambourinaïre menant la farandole. Scènes de traditions musicales populaires, tableaux de maîtres… Pour qui est embarrassé par l’enseignement de l’histoire des Arts, voilà de quoi fournir un cadre !

Les Lettres racontent, dans une langue moderne. Si ce n’est plus celle de La Fontaine ou de Perrault, elle en est imbibée. L’humour et sa truculence sont bien servis par une rhétorique exercée dans différents genres. En quelques paragraphes (minces textes), les personnages sont étudiés avec finesse ; les implicites ne manquent pas.

Les élèves retrouveront des traits évoqués par les deux auteurs précédents : écarts de conduite, tentation, comportements moralement contestables sont passés en revue. Des thèmes majeurs sont abordés : la chèvre n’est évidemment pas une chèvre si Dom Balaguère ressemble, quant à lui, à de nombreuses personnes « existant ou ayant existé ».

Les Lettres font cohabiter la lumière aveuglante et une âpre rusticité pouvant se décliner jusqu’à la misère. Mais la joie peut aussi en surgir, l’émotion s’y exprimer. Ce sont les drames de la vie quotidienne, chez les gens simples. Daudet, ou l’art du traitement par l’humour : Tartarin, le curé de Cucugnan, le sous-préfet… Daudet égratigne ; mais c’est pour notre bien à tous. En cela, il poursuit cette œuvre d’enseignement moral des Fables, des Contes, chaîne littéraire, élément d’appui du socle et de la continuité. Maupassant (1850-1893) est beaucoup plus sévère.

La tragédie de l’Arlésienne inspirera l’écriture de Bizet pour une mise en musique et en scène (1872). L’invisible héroïne éponyme est passée à la postérité. 

Les Lettres, écrit épistolaire. Porte à pousser sur ce type d’écrit car… Daudet n’écrit à personne. C’est par ailleurs un chroniqueur réputé (Le Figaro), un dramaturge…

Si les Lettres participent du socle de références, on peut aussi les considérer comme un pilier de la littérature française et, du même coup, un excellent palier de compétence de lecture : elles sont un tremplin vers la littérature au collège, une invitation vers d’autres écrivains du programme de l’école obligatoire. Bien lire les Lettres, c’est, plus tard, mieux comprendre la Provence de Marcel Pagnol et plus encore peut-être celle de Jean Giono. Peut-on quitter l’Ecole Primaire sans les avoir lues, entendues, appréciées ?

Daudet restaure à sa manière cet art narratif des langues du Sud, langues d’Oc écrasées par un pouvoir central du Nord. Il enjolive et recrée les Noël provençaux et autres modes culturels de cette terre d’aridité et d’austérité, en contraste avec les images de vacances. C’est une autre visite en Provence à laquelle le lecteur est convié.

Frédéric Mistral, félibre le plus célèbre, donne lui aussi ses lettres de noblesse à la littérature provençale (prix Nobel 1904) en écrivant dans la langue, tout comme Paul Arène. 

Comme les deux autres œuvres remises aux élèves, les "Lettres" sont bien plus qu’un « livre pour l’été  ». Elles sont un livre pour la vie.

Entrer dans l’univers des Lettres de mon moulin et comprendre Daudet, c’est entendre chanter les cigales dans la poussière du chemin qui mène à Pampérigouste, sous la chaleur de l’été en Provence.

Espérons, pécaïre, que les élèves les entendront ! Qu’ils viendront « se chauffer les pattes à un rayon de lune »…